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L’expérience spirituelle de la nature par l’Aquarelle

Avoir conscience de la richesse de la nature qui m’entoure et regarder autour de mon sujet, ne pas être au centre mais se fondre dans l’étendue. La dimension de la nature nous est devenue étrangère car nous la percevons de manière égocentrée et dominatrice. Que l’on soit spécialiste ou amateur, botaniste ou géologue, notre intention est de la maîtriser à travers un savoir. Pire encore, elle est devenue pour chacun un bien de consommation que l’on loue à l’heure dans de multiples activités prétendument sportives, le temps d’une décharge d’adrénaline que nous refuse le quotidien.

Illusion. La nature ne se domine pas, ne se consomme pas. Elle a une autre vocation que nous devons cultiver. Au fond du fond, je demeure un animal. Et si je l’accepte avec conviction, je vais pouvoir me réconcilier avec le « tissu naturel ».

Lorsque je peins, j’ai l’impression de disparaître à moi-même et je me répands dans la feuille, dans l’arbre, dans la forêt. Alors, je vois avec les yeux du chevreuil, du lièvre, de la corneille. Je me suis fondu dans la nature. C’est un état particulier qui unit l’intensité sensorielle à une profonde quiétude. Je vois tout et mon pinceau devient mon doigt. Je perçois chaque détail, je reçois la vibration de chaque couleur. Le temps n’existe plus qu’à travers la durée du vol d’une mouche, du chant d’une fauvette, du tambourin d’un pic… La précision infinie de l’aquarelle absorbe cette ambiance avec toute la vie qu’elle contient. Elle devient une vibration permanente. Son empreinte résonne en moi et m’accompagne vers l’harmonie.

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Regarder consciemment

Nous perdons notre capacité d’émerveillement dès que nous sortons de l’enfance. Cela est dû au fait que nous ne regardons plus notre environnement de la même manière : nous voyons les choses sans les regarder.
Voir est un acte passif, alors que regarder est actif.


Je suis bien tenu en tant que peintre de regarder mon modèle. Pour le dessiner et le peindre, j’ai recours à une analyse picturale qui fait intervenir, à travers l’œil, le cerveau et la main. Le respect des proportions, des formes et de la perspective me demande une concentration soutenue. J’ai éguisé cette faculté à regarder le monde consciemment à la recherche du modèle idéal. Le cadre de ce ruisseau fait apparaître un détail qui n’est pas le fruit de mon imagination. Il y a bien à gauche, dans la chute d’eau, une porte. Quelle monde retient-elle? Rêvons…

Notre temps foisonne d’images transportés par une technologie délirante qui nous submerge de visions. Là, nous ne rêvons plus ! Quel paradoxe actuel d’opposer une aquarelle au fourmillement d’images d’internet. Malgré tout, la peinture existe encore et toujours, peut-être parce que un être humain regarde ce que ne voient plus les autres. La peinture enchante l’œil et permet de retrouver l’émerveillement..
Ouvrez la porte !

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Mes pinceaux

Si dans ma démarche de peintre, je place avant toute chose l’intégrité et la responsabilité, alors je cours le risque de ne plus pouvoir peindre.

J’ai voulu, il y a longtemps déjà, savoir d’où provenaient les poils de mes irremplaçables pinceaux en « martre Kolinsky ». Recherches veines, tant auprès des fabricants que des utilisateurs…

… puis, il y a une trentaine d’années, alors que nous nous étions égarés en randonnée au fond de la Norvège, ma femme et moi sommes parvenus à ce qui ressemblait à un camp de détention. L’endroit était sordide. Il n’y avait ni employés ni véhicules. D’immenses baraquements alignés de chaque côté d’un chemin paraissaient vides. Ils étaient construits sur pilotis et leur sol était constitué de grillage tendu en hauteur. Puis tout à coup, nous les vîmes : leur têtes pointaient dans la pénombre, leurs yeux brillaient. L’effroi et la stupeur nous envahît : il s’agissait d’une multitude d’animaux tristes, peureux et déplorables. Suspendus au-dessus du sol, leurs excréments passaient à travers les grillages, l’odeur était suffocante. C’étaient des visons qui fournissent les poils pour les pinceaux en « martre Kolinsky ».

Je suis responsable de cette pratique, car je suis à l’autre bout de la chaîne. Mon intégrité m’a commandé de ne plus cautionner ces élevages d’animaux sauvages.

Il est dans nos vies bien des domaines qui empruntent cette trajectoire. Si dans ma démarche d’être humain, je fait précéder à tout engagement l’intégrité et la responsabilité, alors c’est toute ma vie qui va changer. Aujourd’hui, je fabrique mes pinceaux. Je peins « propre ». J’essaie d’en faire autant pour le reste et de vivre en accord avec mes engagements. « On nous cache tout, on nous dit rien » dit la chanson, mais mettons nous assez notre intégrité et notre responsabilité en avant dans notre existence ?

Ainsi, j’ai dû changer mes pinceaux, mes couleurs, mon papier et mes baguettes d’encadrement car, encore en 2021, rare sont les fabricants et les fournisseurs qui ont une réelle implication éthique et environnementale.

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Brumes

La force et l’harmonie

Il y a toujours cette nappe de brume argentée flottant au même endroit. C’est « l’esprit » du moulin, l’ancien souffle d’une vie passée. Elle est la conséquence d’une différence de température entre l’eau de la rivière et celle d’une source limpide qui coule sous l’arche sombre. Cette solide bâtisse retient sur cette berge de calcaire un bief d’eau pure, fils d’une source.

C’est maintenant une guerre étrange qui se joue : l’assaut d’une armée végétale de chaque côté du mur épais. Seule l’eau, alliée héréditaire, protège l’intrus de l’envahissement. L’escalier a souffert, mais les ronces – fautes d’eau – roussissent une fois le perron atteint.

Image immuable, le reflet abstrait décuple la force de l’édifice, qui tel un roi couronné de tuiles brunes est assis sur le trône de la berge émeraude. Echarpe d’hermine à ses pieds, la brume transcende le reflet. Force obstinée et leçon d’harmonie, le moulin active ses meules secrètes sur le grain imaginaire de la sagesse du passé.

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Brumes

Château de Castelnaud

Alors que le jour se lève, les brumes de la Dordogne s’échappent sur la vallée du Céou séparant le château du village.

La perturbation délibérée apportée dans l’aquarelle par cette écharpe de brume coupe le tableau en deux parties : l’une haute et chaude, l’autre basse et froide. La partie haute illustre la position dominante du système féodal ; la partie basse est elle-même redivisée par l’église et le peuple tout en bas. Couleurs chaudes en haut, couleurs froides en bas. Les quelques dizaines de mètres qui séparent en altitude le château du village suffisent en hiver pour que seul le château se réchauffe. Souvent, le gel persiste dans les rues. Ce brouillard me permet de relater un système socio-culturel que nous dévoile l’architecture féodale.

Il est intéressant de noter que la brume, avec sa dimension de « spumante », chère aux maîtres italiens, dissimule ou escamote le milieu du tableau. Les maisons existent avec les mêmes couleurs que le reste, mais avec un aplat minimal de peinture. Elles sont plus proche du château, mais nimbées en même temps. Là, il se passe quelque chose de l’ordre de la révélation : au lieu de voiler, la brume révèle. Chacun connait les cercles concentriques du pouvoir, où les plus proches sont les plus discrets ou effacés, voir mystérieux. L’architecture exprime encore le fort lien de dépendance du vassal au seigneur. Le système féodal repose sur le clientélisme, ici symbolisé par le brouillard. Mon pinceau me pose la question : « quel est le détail que l’on peut enlever pour que le tableau perde toute sa force ? » Je lui réponds « le spumante ». Il est un indicateur de la lumière dans l’aquarelle. Je n’aime pas le terme de flou qui reste fixe, « le spumante » évoque d’avantage de la fumée qui bouge. C’est le « Qi » des maîtres japonais et chinois. La brume qui enveloppe les monts est pour eux l’énergie vitale – nous sommes donc loin du flou artistique qui ne dispense que de la dissimulation.

La brume en peinture contient l’énergie vitale et a la faculté de la restituer.