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Regarder consciemment

Nous perdons notre capacité d’émerveillement dès que nous sortons de l’enfance. Cela est dû au fait que nous ne regardons plus notre environnement de la même manière : nous voyons les choses sans les regarder.
Voire est un acte passif, alors que regarder est actif.


Je suis bien tenu en tant que peintre de regarder mon modèle. Pour le dessiner et le peindre, j’ai recours à une analyse picturale qui fait intervenir, à travers l’œil, le cerveau et la main. Le respect des proportions, des formes et de la perspective me demande une concentration soutenue. J’ai éguisé cette faculté à regarder le monde consciemment à la recherche du modèle idéal. Le cadre de ce ruisseau fait apparaître un détail qui n’est pas le fruit de mon imagination. Il y a bien à gauche, dans la chute d’eau, une porte. Quelle monde retient-elle? Rêvons…

Notre temps foisonne d’images transportés par une technologie délirante qui nous submerge de visions. Là, nous ne rêvons plus ! Quel paradoxe actuel d’opposer une aquarelle au fourmillement d’images d’internet. Malgré tout, la peinture existe encore et toujours, peut-être parce que un être humain regarde ce que ne voient plus les autres. La peinture enchante l’œil et permet de retrouver l’émerveillement..
Ouvrez la porte !

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Mes pinceaux

Si dans ma démarche de peintre, je place avant toute chose l’intégrité et la responsabilité, alors je cours le risque de ne plus pouvoir peindre.

J’ai voulu, il y a longtemps déjà, savoir d’où provenaient les poils de mes irremplaçables pinceaux en « martre Kolinsky ». Recherches veines, tant auprès des fabricants que des utilisateurs…

… puis, il y a une trentaine d’années, alors que nous nous étions égarés en randonnée au fond de la Norvège, ma femme et moi sommes parvenus à ce qui ressemblait à un camp de détention. L’endroit était sordide. Il n’y avait ni employés ni véhicules. D’immenses baraquements alignés de chaque côté d’un chemin paraissaient vides. Ils étaient construits sur pilotis et leur sol était constitué de grillage tendu en hauteur. Puis tout à coup, nous les vîmes : leur têtes pointaient dans la pénombre, leurs yeux brillaient. L’effroi et la stupeur nous envahît : il s’agissait d’une multitude d’animaux tristes, peureux et déplorables. Suspendus au-dessus du sol, leurs excréments passaient à travers les grillages, l’odeur était suffocante. C’étaient des visons qui fournissent les poils pour les pinceaux en « martre Kolinsky ».

Je suis responsable de cette pratique, car je suis à l’autre bout de la chaîne. Mon intégrité m’a commandé de ne plus cautionner ces élevages d’animaux sauvages.

Il est dans nos vies bien des domaines qui empruntent cette trajectoire. Si dans ma démarche d’être humain, je fait précéder à tout engagement l’intégrité et la responsabilité, alors c’est toute ma vie qui va changer. Aujourd’hui, je fabrique mes pinceaux. Je peins « propre ». J’essaie d’en faire autant pour le reste et de vivre en accord avec mes engagements. « On nous cache tout, on nous dit rien » dit la chanson, mais mettons nous assez notre intégrité et notre responsabilité en avant dans notre existence ?

Ainsi, j’ai dû changer mes pinceaux, mes couleurs, mon papier et mes baguettes d’encadrement car, encore en 2021, rare sont les fabricants et les fournisseurs qui ont une réelle implication éthique et environnementale.